EN ECOUTANT LE BOXER…                                                              par    INGMAR SIOEN

 

Cet article a été publié auparavant dans la périodique spécialisé « International BOXER Magazine » N°4/2001 en traduction anglaise « Listening to Boxers… » et en traduction italienne « Ascoltando i Boxers… ».

Courtesy Éditrice NETTUNIA, Granarolo (BO), Italy.

 

Même chez les personnes qui s’occupent quotidiennement de chiens, peu importe leurs qualifications, le sujet reste largement non discuté et l’influence sur la relation homme-chien est négligeable : je parle de la personnalité individuelle du chien. Je suis conscient que c’est un terme que l’on n’aime pas, mais pour l’argument que je veux éclaircir, jusqu’à présent, je n’en ai pas trouvé de meilleur.

 

Comme l’on sait : j’entraîne des Boxers. Ce qui veut dire non seulement que, chaque jour, je leurs apprends des exercices, mais également, ce qui est beaucoup plus important, je vis entre mes chiens pratiquement jour et nuit. Cette situation m’a fourni l’opportunité, ce qui est en même temps un challenge, d’apprendre à apprécier très vite les qualités individuelles d’un chien et par conséquent de lui apprendre les exercices d’un programme dans un délai relativement court. L’unique raison pour la réussite de cette entreprise, c’est le respect que j’ai pour le chien lui-même. Un respect, avec mon expérience, n’est rien d’autre que l’acceptation totale de la personnalité du chien. Je n’essaie pas de manipuler cette personnalité, ni de l’adapter à mes désirs, à mes idées ou à mes préférences. Cette acceptation ne couvre pas uniquement l’entraînement propre, mais la totalité de la relation. La personnalité de chaque boxer me montre ce que je peux et ce que je vais pouvoir attendre de lui, notamment ce qu’il est capable de me donner, rien de plus ni de moins.

 

Aucune règle d’éducation ou d’entraînement ne tient compte de l’individualité du chien : frustration et malentendu en sont la conséquence. Un seul geste ou comportement de l’entraîneur provoque différents effets sur différents chiens. La caresse en est un simple exemple.

 

La plupart des chiens (mais pas tous !) adore être caresser et ils ont besoin de ces caresses afin de savoir s’ils exécutent correctement les exercices. La caresse est une confirmation directe du comportement au moment même de l’action, elle n’est pas nécessairement liée à la personnalité.

D’autres chiens ont un besoin constant de confirmation, pour prendre confiance et savoir qu’ils font bien ce que l’on attend d’eux. Cette confirmation doit être fournie constamment par l’entraîneur, sinon ils n’arrivent même pas à éprouver ou à reconnaître l’environnement et les exigences qui en émanent. On peut encore moins attendre un comportement rassuré ou un désir d’apprendre. Dans ce cas, la caresse ne fonctionne guère comme une confirmation du comportement actuel mais elle est directement liée à la personnalité du chien.

D’autres chiens encore, après un exercice ou une situation stressante, ont besoin avant tout de reprendre leur souffle, de se calmer, sans beaucoup d’attention. Une légère caresse, en passant, n’a que très peu d’effet sur le comportement, mais d’autant plus sur la personnalité du chien : elle peut être interprétée comme « on se comprend, tu es bien, repose-toi.

Finissant le même exercice, un quatrième chien aura besoin que de se secouer comme s’il sortait de l’eau, de se « décharger » ou de se gratter. Mais il est fort possible que ce même comportement, se gratter, chez un autre chien encore signale qu’on est allé trop loin, qu’on a dépassé ses capacités et qu’il se trouve devant un problème qu’il n’est pas capable de résoudre. A nouveau : une caresse à un tel moment n’a pas de relation avec le comportement actuel du chien, elle lui communique tout simplement "ne t’en fais pas".

Il est également probable que le comportement de se gratter, chez le même ou chez un autre chien, signifie tout simplement qu’il éprouve un malaise purement physique. Caresser le chien à un tel moment n’a rien à voir avec l’entraînement propre ni avec la personnalité du chien. Il appréciera la caresse, physiquement, et elle fonctionnera comme une affirmation primaire de la relation.

 

Les variations sont nombreuses. Il est parfois très difficile de savoir à quel moment tel chien bien précis a besoin de ceci ou cela, le comment et le pourquoi. Pourtant, ce n’est qu’au moment où l’on sait distinguer et « lire » les variations dans le comportement du chien que l’on peut espérer et dire qu'on « comprend » le chien qu’on entraîne. Vous savez alors ce que ce chien-là attend de vous, et à quel moment ou dans quelle situation il attend et sait pourquoi c’est ainsi. Comprendre de quoi un chien en particulier a besoin, quand, comment et pourquoi, c’est à mon avis, la base d’une relation satisfaisante avec lui et par conséquent d’un entraînement souple et couronné de succès.

 

C’est la personnalité du Boxer qui déterminera la signification des gestes (aussi bien les siens que ceux de l’entraîneur) : ce qui a pour conséquence que la personnalité individuelle du chien jouera un rôle crucial dans l’entraînement. Deux exemples de ma propre expérience.

 

1.

Un Boxer mâle bringé de deux ans. Un très beau chien, agréable en tout, respectueux tant dans son comportement en chenil que dans son comportement social, qui est excellent. L’entraînement du pistage et des exercices de défense ne pose aucun problème particulier. Par contre, la partie obéissance révèle une énigme. Si une commande auxiliaire lui est donnée, le chien panique, il tremble, il respire très superficiellement et finalement il court vers son chenil où il se couche et se relève dix minutes plus tard (il semble avoir oublier l’épisode)et de sa propre initiative regagne le terrain d’entraînement. Le même comportement se reproduit quand il a exécuté deux exercices consécutifs sans problème et qu’il est invité à recommencer une troisième fois.

Je ne le comprenais pas. Je divisais chaque exercice en portions élémentaires, changeais la routine des exercices, et régulièrement de terrain, en bref, j’adaptais toute la procédure à ses particularités et à son tempérament. Deux constantes remontaient chaque fois à la surface :

a)    les exercices dans lesquelles sa propre initiative jouait un rôle majeur étaient exécutés sans problème majeur (le pistage, le saut, le mordant, la défense, …)

b)    chaque interruption d’une série d’actions contrôlées, qu’importe la raison, le bloquait totalement et immédiatement. A tel point que si on l’empêchait de sortir du terrain et qu’on lui demandait de recommencer un exercice, il commençait à vomir. Il ne pouvait pas être plus claire. A ce stade là, aucune forme de rémunération n’avait encore d’effet ou de sens : le monde autour de lui ne pouvait plus le toucher, ce monde n’existait plus.

En discutant de la situation avec son éleveur (qui était également le propriétaire) il devint claire que ce Boxer avait vécu dans un petit groupe de boxers jusqu’à son premier anniversaire, qu’il avait un comportement naturel envers les autres chiens et qu’il avait vécu des contactes normaux mais pas très personnels avec l’humain. Son comportement envers les autres boxers et l’humain était en effet normal, voir même agréable. Le point crucial était que ce mâle n’avait pas eu l’occasion d’éprouver la signification de réactions humaines dans des situations d’apprentissage (récompense et punition par la voix les sons, les mots, caresses, ignoraient les expressions de visage…) et qu’il ne savait littéralement pas ce que ces réactions signifiaient pour lui dans ces situations.

Par conséquent, une succession d’exercices, même s’ils étaient exécutés d’une manière correcte avait pour effet d’augmentée fortement la tension (ou : le stress, si l’on préfère). Il agissait comme s’il complétait les exercices dans une anticipation constante d’une rupture, d’une situation « impossible » qui se produirait sous la forme, par exemple, d’une commande auxiliaire qui, alors, en effet serait incompréhensible. Il devint claire, pourquoi des exercices qui faisait largement appel à un comportement naturel (le pistage, le saut, le mordant, …) ne lui posait pas de problème, bien au contraire : il les adorait. Et il devint en même temps évident de voir qu’il les transformait pendant les exercices les plus éloignés du comportement naturel. (L’en avant…, marche en laisse, rester coucher sans contact, ..), ou dont la formation était plus complexe (Le rapport d’objet, la recherche de l’homme d’attaque, aboyer sans toucher, attendre, …) et qui lui demandait logiquement plus de guidance de la part du conducteur. Pourquoi donc ces exercices l’immergeaient à chaque fois en état de confusion, de stress et de panique ?

Ses réactions n’émanaient pas du tout d’une forme de stupidité ou d’un manque de « volonté d’apprendre », bien au contraire, il était intelligent, curieux et adorait jouer, mais du simple fait qu’il n’avait pas appris à faire la relation entre certaines réactions humaines et son propre comportement, dans des circonstances contrôlées.

En d’autres mots : la manière même sur laquelle ce Boxer était capable d’apprendre était intégrée fonctionnellement dans sa personnalité (sa manière d’être) et déterminait une fois pour toutes ce qu’il était capable d’apprendre et ce dont il n’était pas capable d’apprendre. Le « Comment » intégré dans sa personnalité déterminait le « Quoi » et le distinguait rigoureusement.

Il a obtenu son RCI 1. Les points n’étaient pas brillants mais suffisants. La solution, un compromis bien sûr, en ce qui concerne l’entraînement, en consistait que d’un côté un schéma d’exercices très strict et rigoureux était établit et que d’un autre côté nous restions très alertes à ne pas franchir la ligne ou le stress et la confusion prendraient le  commandement. Une conséquence de cette approche se manifestait dans la non-intervention du conducteur dans ces exercices où l’initiative du chien même suffirait (les finesses du travail étaient ignorées ainsi que les détails techniques, ce qui résultait évidemment une perte de points considérable) et dans l’allongement à la limite du temps de jeu entre les exercices, même au concours, ce qui nous coûta encore pas mal de points.

L’entraînement n’était certainement pas « conventionnel » ou « orthodoxe », mais dans sa composition il était complètement dicté par la personnalité de ce Boxer, qui, je le répète, était fort agréable.

 

2.

Mon deuxième exemple concerne une femelle fauve âgée de vingt deux mois. Une vraie Beauté dans le ring mais méfiante envers les inconnus, initialement y compris de son entraîneur. A nouveau : son comportement n’a strictement rien à voir avec la peur ou l’angoisse : elle est sur le qui-vive et c’est sa manière d’être. Elle est extrêmement curieuse, elle aime apprendre de nouvelles choses et elle les réussit facilement et vite. Tout comme le mâle bringé, les exercices qui font appel à des comportements naturels n’offrent pas de sérieux problèmes mais la surprise n’est pas loin : ni la voix, ni le contact physique ne sont une expérience comme récompense, bien au contraire. Un mot ou un son approbatif vaporise son élégance naturelle : les oreilles sont dans la nuque, la tête est baissée, son regard est confus. Un geste de la main vers elle est suivi de méfiance : elle se recroqueville. En la caressant, on sent ses muscles se durcir. Pas de joie, pas de relaxation, mais le frisson et de la tension.

Le « Grand Livre Des Règles » reste muet confronté à la question « comment entraîner un Boxer vif, plein de joie de vivre, heureux et intelligent qui ressent toute forme d’approbation comme une menace ? ».

Dans le cas de cette Beauté, la question du « Pourquoi » était la plus facile à résoudre. En tant que chiot et jeune chienne, cette Promesse n’était non seulement gâtée par sa propriétaire mais elle était protégée à la limite contre tous et toutes ce qui pouvaient nuire à sa croissance et à sa future carrière. La propriétaire avait raison : le chiot deviendrait une Star. Mais en même temps, à cause de son attitude extrêmement protectrice, elle avait réussi à réduire le monde, dans l’expérience du chiot, à une dualité : époux épouse chiot contre le reste de la réalité. En d’autres mots : cette jeune chienne n’avait jamais appris à éprouver n’importe quel acte au monde en dehors de la petite famille comme menaçant. Aussi longtemps que vous ne cherchiez pas le contact direct avec elle et aussi longtemps que l’initiative était de son côté, il n’y avait pas de problème. Chaque tentative d’entraîner ma Beauté d’une manière classique (y compris la méthode clicker) risquait, toujours dans la supposition qu’une telle tentative soit possible tout court, de compromettre sa personnalité dont la méfiance était devenue un mobile bien intégré.

Alors, comment affronter cette méfiance acquise par un boxer autrement plein de joie et d’énergie ? Je ne trouvais que cette solution : être auprès d’elle aussi longtemps que possible, sans introduire le moindre élément d’entraînement propre, la laisser (physiquement) libre autant que possible et … attendre le moment, si ce moment se manifeste, que sa curiosité et sa vivacité naturelle brise la cuirasse de méfiance et qu’elle cherche et accepte d’elle-même le contact (physique). Ce moment est arrivé : il a fallu patienter presque quatre semaines, mais cela valait la peine d’attendre.

A partir de ce moment elle adora, par exemple, sauter dans mes bras (ce qui par moments était gênant, comme durant le jour même du concours) et si par malheur j’osais rapidement passer devant son chenil sans la caresser, elle commençait un concert de colère et de déception. Par après, l’entraînement propre pris grâce à son intelligence et sa joie de vivre, en un temps remarquablement court et elle passa son RCI d’une manière brillante.

A la fin de son séjour elle n’objecta plus à ce que les autres membres du chenil l’appellent mais elle n’aima toujours pas d’être touché par eux. Cet exemple montre une fois de plus comment la personnalité et l’histoire individuelle d’un chien en particulier (- le contact physique et l’approbation vocale sont vécus comme menaçante au lieu d’encouragement et de joie -) déterminent la manière par laquelle un chien sait apprendre et par conséquent ce qu’il sait comprendre, apprendre, vivre et ce qu’il ne sait pas.

 

En contraste flagrant avec le manque d’attention à la personnalité du chien en particulier, le nombre de discussions concernant la Méthode (d’éducation et d’entraînement spécialisé) est abondant. Ces discussions sont pour la plupart polémique et bien souvent elles sont fortement agitées. Pourtant ils ratent l’essentiel. Aucune méthode n’est capable d’enseigner, comment adresser la relation avec un chien en particulier et aucune méthode ne peut vous dire comment entraîner tel ou tel chien en particulier. Bien au contraire : c’est la personnalité du chien qui vous montrera non seulement ce dont il est capable mais, plus important encore, comment il sait apprendre. Afin d’apprécier cette constatation, il est impératif que vous observez attentivement le chien au lieu d’observer les principes méthodologiques, les techniques et les règles. Simplifiant les choses à l’extrême : il faut (re)connaître ce que le chien veut et il faut le suivre rigoureusement dans ce désir et non travailler contre ce désir fondamental. Même, et peut-être en particulier, dans des situations qui nécessitent de la contrainte (et il y en a), il est crucial d’entrenir le contact avec ce désir. J’ai été témoin de beaucoup trop de chiens qui ont échoué.

Inévitablement, dans ces situations de contrainte (et en particulier sur des chiens intelligents et impulsifs) ont a constaté un comportement soit agressif soit dépressif, selon leur tempérament individuel. La cause de ces égarements est presque toujours la même : le propriétaire et/ou l’instructeur ne se rendent pas compte que la cohérence est réduite à ses propres fins et qu’elle n’a plus de base dans le chien lui-même, sa capacité, son désir fondamental et sa soif d’apprendre et de vivre en commun (ce qui est la même chose). Si la contrainte est nécessaire elle doit toujours être adaptée, en qualité et en degré, à la personnalité du chien en particulier et elle ne doit en aucun cas dévier de la relation de confiance entre le chien et le propriétaire/instructeur. Si la contrainte a pour  unique motivation que le chien doit se comporter subordonné, qu’il doit obéir sans réserve, et sans qu’on tienne compte de son individualité, elle risque de compromettre tout futur entraînement et il est fort possible qu’elle pousse le chien juste ce pas trop loin. Trop souvent la contrainte est un principe corrompu.

 

Vu sous l’angle de la personnalité (du chien évidemment), une des énigmes du Show ring s’éclaircit. Je me suis souvent demandé pourquoi tellement d’adeptes d’expositions, même des personnes avec beaucoup d’expérience, maintiennent la thèse que le jugement d’un Boxer est un processus technique (simple ou complexe) d’évaluation et de comparaison de la morphologie, de la forme extérieure avec les normes du standard.

Il est pourtant clair que ce n’est pas ce qui se passe dans un ring d’exposition. La Beauté d’un chien est plus que sa conformité au standard, même plus que le Type en-soi. Elle est fondée dans la personnalité du chien, personnalité qui devient visible dans le comportement du chien, dans la totalité de son attitude et par conséquent dans ses allures. On peut le décrire d’une autre façon : le corps d’un chien dans le ring d’exposition (et d’un chien tout court), c’est la traduction visible de sa personnalité. Un esprit attentif découvrira dans les mouvements de la musculature du chien et dans sa prestance, la narration de son passé, le « comment » et le « pourquoi » de sa personnalité. C’est la raison pour laquelle un « jugement technique », la description et l’évaluation des qualités et des défauts réussissent rarement à voir (littéralement) le « Beau Boxer ».

C’est à ce point que la « beauté » et le « travail » se rejoignent. Une très belle femelle fauve que j’avais l’honneur et le plaisir d’entraîner illustrait cette idée d’une manière aussi inattendue que magnifique. Ce n’était d’ailleurs pas une coïncidence qu’il s’agisse d’une femelle. Le comportement que je décris ne se laisse pas observer chez les mâles, ils ont d’autres moyens. Nous étions sur le point d’apprendre un tout nouvel exercice. Pour chaque chien cette phase est remplie d’incertitude et de doute (éléments qui sont nécessaires pour l’apprentissage). A un certain moment le commandement est donné pour commencer le nouvel exercice. A ce moment critique, ce moment d’incertitude, tout à coup, me regardant, elle se mit en pose : ses yeux, ses oreilles, son dos, ses pattes, bref, tout son corps se transforma en élégance pure qui me donna le frisson. Un court moment je ne savais quoi faire, puis je la caressa lentement de la nuque vers son dos. La pose disparut et, après un second commandement, elle exécuta l’exercice (c.à.d. la nouvelle série structurée, mais incertaine pour elle, d’actions) correctement. Je vous garantis que sa pose dans cette situation-là, à ce moment précis, n’était rien d’autre qu’un acte de séduction : elle focalisa toute l’attention sur son corps, parce qu’elle « savait » que dans le passé l’entourage (de chiens et d’hommes) avait réagis extrêmement positivement à cette pose. Pensons au silence abrupt ou le murmure doux d’adoration au bord du ring au moment où un beau chien se montre à la perfection. Elle « utilisait » son élégance (ou plus précisément : le souvenir de la réaction positive à sa pose prenait la place et « résolu » le sentiment d’incertitude) comme un comportement d’évitement : la fin de sa pose à ce moment critique était de neutraliser le doute et de remplacer le sentiment d’incertitude par un sentiment de bien être.

La caresse lente la mettait à nouveau dans la réalité, le stress causé par l’incertitude disparaissait ainsi que la pose. Du moment qu’elle se sentait à nouveau calme et rassurée elle était capable de produire la réponse efficace au problème : compléter l’exercice.

Des expériences comme celles-ci fortifient ma conviction que la Beauté est une partie intégrale de la personnalité d’un Boxer.

 

Je l’ai dis au début : je vis entourer de Boxers, et comme mon expérience en entraînant les boxers s’intensifie au fils des années, je me sens de plus en plus mal à l’aise face à l’abondance de ‘test de comportements’ et face aux soi-disant « test de caractère ».

La majorité de ces tests suppose l’existence d’une variété « d’instincts » (« Triebe »/« Drives ») : instinct de défense, de chasse, de proie, de jeu, de rapport,….Le nombre et la hiérarchie de ces instincts peuvent être adaptés plus au moins à volonté selon la race, le sexe et… les besoins de la théorie. Le but commun de tous les tests basés sur un model d’instincts est de détecter la présence d’un certain nombre d’instincts et d’évaluer leur force. Je suis convaincu que la réalité décrite par ces instincts (partielles ou non) ne couvre qu’une partie extrêmement limitée (et très souvent tordue) de la personnalité d’un Boxer et par conséquent, j’éprouve de grandes difficultés à comprendre pourquoi tellement de « systèmes » (d’éducation et d’entraînement annexe les tests correspondants) basés sur une évidence si faible peuvent survivre. Nombreux sont les ZTP’s, les Körungen, les tests de sélection, les CQN’s etc.… où j’ai vu échouer, en parcourant une série de procédures standardisées, des boxers ; des boxers dont j’étais et suis  convaincu que ce sont d’excellents boxers.

Le fait que dans certains pays la réussite d’un de ces tests soit une condition nécessaire à fin de pouvoir entrer en élevage démontre les implications tragiques de ces modèles faibles et datés.

Si vous faites l’effort et si vous prenez le temps d’observer un chien ( sans intervention »éducationnelle ») avant que vous essayiez de l’entraîner, vous arriverez forcement à reconnaître aussi bien ses intérêts et ses sensibilités particulières que les raisons (ou les « causes », si vous voulez) de sa manière d’être. Cela vous prendra peut-être une, deux ou trois semaines mais à la fin de cette période, même un chien qui a souffert d’un entraînement antérieur aura regagné, dans la plupart des cas, la confiance en soi-même et la confiance en vous. A partir de cette base vous pouvez commencer l’entraînement proprement dit et vous remarquerez à nouveau : dans la plupart des cas, mais pas tous, le chien n’aura besoin que d’un minimum d’entraînement pour apprendre le comportement qui est désirez dans tel ou tel test. J’aimerais récupérer les heures et les jours que j’ai perdus en essayant d’ouvrir une discussion sur les faiblesses, les suppositions erronées de ces tests et je me suis promis de ne plus entrer dans un débat où les sentiments sont bien plus forts que les arguments, où la Croyance en l’Évangile Cynologique semble être immunisée une fois pour toutes contre toute évidence et toute raison.

Peut-être existe-t-il un test, vu la mentalité anti-chien de notre société, qui a du sens : l’évaluation patiente du comportement social. Malheureusement, là non plus des garanties ne peuvent être obtenues et l’entreprise est vulnérable aux remarques et aux critiques. Il suffit de prendre en considération le comportement impulsif ou spontané, là où le test le plus équilibré (si une telle chose existe !) ne peut offrir l’évaluation d’une période d’observation courte. Pensons également à la relation maître-chien, qui devrait être le vrai sujet de l’examen parce que les effets de cette relation sur le comportement du chien sont de loin plus importants que l’héritage génétique en-soi.

 

Quant à propos de ‘tests’, j’aimerais raconter une anecdote. A une des nombreuses expositions ou je présentais une femelle bringée. Le juge, une femme, s’approchait de la chienne pour regarder les yeux et la denture. Elle fit alors quelque chose qui s’approchait fortement d’un ‘test de caractère’ : en s’agenouillant devant la chienne. Celle ci fut surprise et essayait enthousiasmée de lécher le visage de celle-ci. Il se produisit un bref jeu entre le juge et la chienne. Tous deux semblaient s’amuser. Il était clair que le juge voulait répéter le même scénario avec les autres chiennes dans le ring. Elle n’y parvenait pas. Ce qui est important à observer : dans l’interprétation du juge, la personnalité des chiennes jouait un rôle ; pour y arriver elle n’avait pas besoin d’une batterie de tests et les boxers n’avaient pas besoin de quelque entraînement que ce soit. Le simple geste d’un étranger qui vient s’agenouiller devant un chien peut être éprouver comme invitant ou menaçant et la réponse peut varier d’indifférence, d’incertitude, de résignation, d’agression jusqu’à l’enthousiasme (ou un mélange). Une fois de plus on voit : un geste, un environnement des personnalités et réactions différentes.

Pour la bonne mémoire : cette chienne n’a pas gagné sa classe à cette exposition là.

 

La santé physique est un autre axe dans la dynamique de la personnalité. Je ne me réfère pas à la forme actuelle du chien qui influencera sans doute son comportement actuel mais qui n’influencera pas sa personnalité. Je pense plutôt aux conditions de longue durée, les affections structurelles, qui affectent aussi bien le comportement du moment que la personnalité.

Prenons l’exemple d’un chiot né avec une sténose sous aortique légère. Le chiot éprouvera dès les premiers mois qu’un acte impulsif est suivi d’une sensation désagréable. Il apprendra aussitôt à éviter cette sensation et se développera en chien calme, attentif et modéré dans ses réactions. Pourvus évidemment qu’il n’a pas le malheur d’entrer dans un environnement hyperactif qui le forcerait à toutes sortes de sollicitations. Sans l’apercevoir, nous avons déjà décrit partiellement sa personnalité : calme, attentif, modéré.

L’évaluation et l’appréciation de ces constantes n’est pas le point crucial. Ce qui est important, c’est la reconnaissance du fait que cette structure de base ne disparaîtra plus jamais et qu’on devra vivre et travailler avec ce chien qui a ces termes à lui : l’attitude calme et réfléchie est devenue une partie intégrée de sa personnalité. Il existe un nombre de conditions physiques qui peuvent jouer un rôle semblable dont je mentionne que la sensibilité augmentée pour toutes sortes d’allergies. Caresser le chien, du premier exemple, interagit aussi bien avec le comportement actuel qu’avec la personnalité (« ok, c’est bien, repose-toi maintenant »). Caresser le chien avec le prurit allergique, après le même exercice, lui confortera physiquement, peut-être qu’elle, la caresse, fortifie la relation et la confiance mais elle n’interagit guère avec la conduite actuelle ou avec la personnalité. A nouveau : comment un geste est éprouvé par le chien, ne peut pas être compris sans tenir compte de sa personnalité. La signification d’un geste, en général, d’un comportement n’est jamais « objectif ».

 

Dans l’effort de (re)construire l’image de la personnalité individuelle de chaque boxer, j’emploi des mots de tous les jours, une terminologie «sens commun », qui restent aussi près de la réalité que possible et j’emploie le nombre de mots qui me semble nécessaire. Je suis conscient du fait que c’est exactement l’inverse de ce qu’on aime appeler « scientifique ». Pourtant il s’agit d’un choix délibéré : les termes « scientifiques » qu’on emploie dans la cynophilie ont tous des connotations implicites ou explicites avec les modèles mécaniques d’instinct que j’ai mentionné auparavant. Dans mon travail de tous les jours avec les Boxers, je ne peux plus faire confiance à ses modèles, ni aux termes correspondants. Par conséquent, j’emploie des mots simples : gentil, aimable, beau, curieux, dur, sérieux, méfiant, vain, docile, prude, attentif, nerveux, prudent, délicat, ... plus tous les négatifs et toutes les combinaisons. Ils ne sont probablement pas propre à construire une « théorie », mais ils me suffissent pour comprendre mes boxers.

Évidemment, entre certains de ces termes il existe de l’affinité et ils pourraient être groupés. Si on observait un chien assez longtemps, il serait possible d’établir une graduation dans chaque groupe de termes relatés et entre les groupes eux-mêmes. En principe, il serait possible de choisir le chiot qui vous convient le mieux à l’aide d’un tel schéma. En principe…, en réalité je retiens mes soupçons quant à la validité et à l’utilité d’un tel exercice.

 

On aura remarqué que cette manière d’observer est différente de celle appliquée dans la majorité des tests et des attitudes d’entraînement actuelles. Je suis persuadé que non seulement ces tests ne couvrent qu’une partie extrêmement limitée de la personnalité d’un boxer mais en plus qu’ils examinent surtout l’aspect artificiel de la personnalité. Artificiel, parce qu’il s’agit du comportement qui est construit en fonction du test lui-même. En d’autres mots : ce que le test examine en réalité c’est en premier lieu l’aptitude du propriétaire/instructeur à construire un comportement qui se confirme au résultat désiré ou attendu.

A propos de cette remarque j’introduis une deuxième anecdote : la plupart des gens qui visitent le chenil pour chercher un chiot insiste sur le fait qu’ils désirent avant tout un chiot avec un « bon caractère » (qui désire le contraire ?). Une partie retarde leur choix jusqu’au moment ou le chiot a l’âge d’être « tester » (en tous cas, c’est le mot qu’ils emploient). Je n’abuserai pas du temps du lecteur pour énumérer les sagesses qui sont débitées à ces occasions. Toutefois, de temps en temps on peut vivre une surprise agréable. Il y avait une dame qui désirait savoir si le chiot qu’elle préférait, avait les capacités de se développer en bon chien de travail. Question assez commune, cependant elle ne suivait pas la routine normale. Au milieu d’une pièce très spacieuse, un lieu que le chiot connaissait fort bien, elle mis un simple sac de plastic. Elle y resta, avec nous autres, une demi-heure. Nous parlions du Boxer. Elle observa attentivement le chiot. De temps en temps elle lui parla. C’était tout. Rien d’autre. Cette femme savait, par expérience ou par intuition, évaluer correctement un chien : elle évalua le chiot à partir de son comportement spontané, non provoqué, le comportement n’était pas provoqué par une série de situations standardisées.

Mes compliments à cette dame !

 

Nous savons tous qu’il y a un bon nombre de gens, aussi bien des propriétaires « normaux » que des sportifs, possédant un palmarès indéniable, qui ont de sérieux problèmes avec leurs boxers.  La plupart du temps la cause est un manque de compréhension des qualités de leur boxer : aussi bien les « bonnes » que les « mauvaises ». Si on le désire sérieusement et si on est prêt à prendre du temps pour son chien, on peut facilement améliorer cette situation. Il suffit de deux choses très simples. D’abord, oubliez tout ce qui est « Méthode » : la méthode n'est pas importante, c’est votre chien qui est important. Deuxièmement : regardez votre chien, essayez de regarder le chien lui-même et non votre idée de lui, et continuez…à observer. Dans cet état de chose vous êtes forcé à détecter les particularités de votre chien, aussi bien que les motivations de ses réactions. Alors, respectez sa personnalité en l’acceptant (au lieu d’essayer de le manipuler) et commencer le « travail » à partir de ce fondement.

Ma propre vie entre les boxers et mon travail avec eux ne suit qu’une maxime :

« Montrez votre respect, sentez la personnalité, touchez le cœur et alors, uniquement alors, le respect vous reviendra ». 

Ingmar Sioen.