Prohibition de la caudotomie en 2006 ?
Un jeune chiot de deux jours, désinfection de la petite queue, une coupe
mineur, un petit cri, contrôle d’un saignement minuscule, éventuellement une
suture minimale et le tour est joué.
Dans deux ans cette intervention sera interdite, et alors ? Après
trente ans d’expérience en tant que vétérinaire d’animaux domestique, je me
pose quand même des questions sur le futur.
Il y a bien longtemps l’homme a introduit le chien dans sa vie et dans sa
maison soit en tant que chien de travail soit en tant que chien de compagnie.
Ces dernières décennies, le chien a déménagé, du chenil et de sa place devant
la charrette à chien, vers l’intérieur de la maison. Quelques-uns sont mêmes
parvenus à conquérir la chambre à coucher ou pire, le lit, de leur maître –
avec toutes les conséquences qui en résultent. Des maisons et des appartements
pleins d’armoires, de tables, de chaises, de murs, etc.… Imaginez la douleur
qu’il devra subir, à chaque fois qu’il accueillera son maître plein d’enthousiasme
et qu’en agitant sa queue, il fouettera ces objets sans pitié. Le bout de la
queue sera tellement traumatisé que le sang jaillira et le propriétaire lui,
finalement, en aura mare de nettoyer à chaque fois ses vêtements, ses meubles,
ses murs, son plafond. Pauvres chiens ! Quelques-uns, après que leurs
maîtres auront pris la peine de rendre visite à leurs vétérinaires,
déménageront après quelques mois de vie à l’intérieur de la maison vers un
chenil extérieur. Quelques propriétaires passeront leur « problème »
à quelqu’un d’autre, quelques-uns envisageront même l’euthanasie. Heureusement,
une partie de ces chiens arriveront dans le cabinet du vétérinaire, là un
traitement de longue durée les attendra : des pansements, des pommades,
des tubes autour de la queue, des antibiotiques, des analgésiques,… jusqu’au
moment où, finalement, il ne restera qu’une seule option, l’amputation de la
queue.
Il ne faut pas oublier que le bout de la queue c’est un peu le bout du
monde : « de la peau sur les os ». A partir du moment où la
queue est blessée toutes les caractéristiques de l’infection apparaissent. On
se souvient ? Dolor, calor, rubor, tumor… en d’autres mots : douleur
intense (semblable à la douleur que l’on ressent si on se frappe un doigt avec
un marteau… à plusieurs reprises), rougissement du bout de la queue qui
chauffe, saignements fréquents, gonflement de celle-ci, jusqu’à la nécrose, -
développement inévitable si le chien, à cause de la douleur, commence à se
lécher et à mordre sa plaie.
Amputation de la queue à ce moment là ? Certes, c’est une possibilité,
mais… . La procédure exige une anesthésie totale, une bonne technique
opératoire, une surveillance intensive après l’opération et une collerette
frustrante autour du cou afin d’éviter qu’il arrive à mordiller la blessure.
Puis, en s’asseyant, la queue opérée peut à nouveau être traumatisée : des
seromes peuvent apparaître, des gonflements par lesquels la blessure
chirurgicale peut éclater, suivis par des infections et la possibilité d’une
deuxième opération.
Si tout se passe vraiment bien cette intervention chirurgicale douloureuse
peut résulter en guérison après une quinzaine de jours, mais pour cela il est
tout à fait indispensable que le propriétaire reste constamment très attentif
auprès de son chien pendant toute la période de la guérison.
Si, par rapport à la prohibition de la caudectomie en 2006, une exception
pourrait être faite pour les races qui ont une longue queue, lourde,
« agitée » et avec peu de poils, une « queue fouet », des
races comme le Boxer, le Dobermann, le Rottweiler etc.… beaucoup de
souffrance inutile pour l’ animale, à un
âge adulte, pourrait être éviter. Car, la coupe de la queue, la caudectomie
chez un chiot de deux jours est une intervention presque indolore. Peut-être
pourrait-on y réfléchir ?
Dr. Luc Nachtegaele.
La rédaction : le Dr Nachtegaele est spécialiste
entre autres en matière Boxer. Depuis 18 ans il est membre de la « Commission Nationale des affections
locomotrices chez les animaux de Compagnie ».